©Amaury de Jamblinne
Les motivations qui poussent les skippers à participer à la première édition de la Global Solo Challenge sont aussi nombreuses et variées que les étoiles dans le ciel lors d’une belle nuit d’été. Pourtant, il y en a une qui revient encore et toujours dans la bouche des différents participants de cette extraordinaire aventure : la Global Solo Challenge est l’occasion idéale de réaliser un rêve d’enfant.
Le Belge Amaury de Jamblinne, 63 ans, ne déroge pas à la règle : « Cela fait longtemps que je rêve d’un tour du monde en solitaire par les trois grands caps. Jacques Brel disait : ‘Il vaut mieux vivre ses rêves que de rêver sa vie’. Et c’est le moment pour moi ».

La passion d’Amaury pour la mer se développe dès le plus jeune âge. Au côté de son père tout d’abord, puis adolescent, lorsqu’il commence à pratiquer la planche à voile et la voile légère. En 1981, après son service militaire, il se lance dans une aventure qui va changer sa vie. Pendant deux ans, le skipper belge sillonne les mers du globe en « bateau-stop » comme équipier jusqu’à se rendre en Australie. Un périple qui le marquera à tout jamais et qui lui donnera le goût du large. Depuis, il compte plusieurs transatlantiques et un tour du monde de deux ans en famille.
« C’est difficile d’expliquer ce que procure comme sentiment la navigation hauturière. Face à l’océan, vous trouvez toutes sortes de personnes : des gens paniqués, qui n’aiment pas ça, ou simplement indifférent… Moi c’est un endroit où je me sens raisonnablement à l’aise. Il y a quelque chose de très instinctif en mer, on développe un sixième sens. Moi c’est un endroit où j’ai l’impression de savoir quoi faire. Même si ça ne veut pas dire qu’on prend toujours la meilleure décision ! », nuance-t-il tout de même.

Amaury reste humble face aux éléments et la puissance des océans. L’appréhension et l’angoisse font partie du jeu selon lui. Surtout quand il s’agit d’évoquer les mers du Sud et les quarantièmes rugissants. « C’est normal et sain d’avoir peur, c’est un régulateur naturel. Mais c’est aussi dans ces moments-là que l’on se sent vivre. Dans le monde aseptisé dans lequel on vit, la mer reste un des rares endroits où l’on est seul responsable de soi ».
Lorsqu’il découvre la Global Solo Challenge, Amaury y voit une opportunité : réaliser son rêve de tour du monde en solitaire sans être vraiment seul. L’aspect sécuritaire de la Global Solo Challenge l’incite à passer le cap et à se lancer dans l’aventure. « La sécurité est l’une des préoccupations – pour ne pas dire ‘obsession’ – de Marco (Nannini, l’organisateur) », sourit-il. Avant de poursuivre : « C’est une très bonne chose. Comme le fait de savoir que la flotte sera regroupée au moment d’aborder le Sud, cela donne une sécurité supplémentaire non négligeable ».

Son bateau, Tagaora, est un open 50 de 1990 en aluminium construit par un médecin français, Eric Bardaille, pour participer à la route du Rhum de cette année-là. En 1992, Tagaora participe à l’Ostar et gagne dans sa catégorie. Il a aussi participé à la transat Jacques Vabres en 2005, avant d’être revendu quelques années plus tard à un Danois.
La rencontre d’Amaury et Tagaora est étonnante et mérite de s’attarder deux minutes. Elle a lieu par hasard dans le port du Havre (en France) en 2017 lorsque le skipper belge, fin connaisseur, remarque immédiatement les lignes du bateau. Mais Amaury ne s’attarde pas plus que ça sur son futur voilier. 2 ans plus tard, alors qu’il est de nouveau de passage en Normandie, Amaury remarque que Tagoara n’a absolument pas bougé. Il se renseigne, cherche à connaître le propriétaire, et apprend malheureusement que le bateau vient d’être vendu une semaine plus tôt !
Heureusement pour lui et pour la Global Solo Challenge, l’histoire ne s’arrête pas là. En avril 2022, Amaury revient une nouvelle fois au Havre. Et là, au même endroit, un tas de moules incrustées sur la coque… Tagoara. Ni une, ni deux, Amaury trouve le moyen de contacter le propriétaire qui n’est jamais venu chercher son bateau. L’affaire est dans le sac rapidement.

« J’aime l’idée de faire revivre un bateau. Actuellement, on est en train de le remettre à jour avec l’aide Basile Géron qui se trouve au Havre. C’est mon ‘boat captain’, à qui je dois beaucoup. Il a des compétences et des contacts que je n’ai pas, il me conseille. Je fais des allers-retours dès que je peux au Havre pour travailler sur Tagaora afin qu’il soit prêt pour la GSC. Il faut revoir la voilure, le gréement, l’électronique… »
Amaury reconnaît que son bateau n’est certainement pas le plus rapide de la flotte. Mais pour le Belge, c’est un voilier parfaitement adapté à la Global Solo Challenge. « Ce n’est pas un bateau extrême, il ne fait que 4 mètres de large et il a un tirant d’eau raisonnable de 2 mètres 50. Il marche également très bien au près. C’est un peu l’esprit Pogo en fait, une sorte de couteau-suisse, un voilier fait pour la croisière rapide avec un carré confortable », précise-t-il.
Amaury estime son périple à 150 jours. L’important plus lui, c’est de terminer l’aventure : « L’idée, c’est de faire le tour du monde. Il faut préserver le marin et le bateau. Après avoir discuté avec d’autres participants, je sais que c’est un sentiment partagé par beaucoup. Mais attention, ça ne veut pas dire que je ne mettrais pas la seconde si j’ai un concurrent en face de moi à 15 jours de l’arrivée ».
À propos des autres concurrents d’ailleurs, Amaury apprécie particulièrement la dynamique qui entoure les participants à la Global Solo Challenge. « Nous échangeons régulièrement des informations et les bons plans sur un groupe Whatsapp. Ce qui est vraiment bien, c’est que ce n’est pas chacun pour soi. On sait qu’on va vivre la même chose, alors forcément, on s’entraide ».

S’il assure tout faire pour arriver sur la ligne de départ, Amaury reconnaît que le timing est serré. Il est encore à la recherche de partenaires et aimerait bien – si l’occasion se présente – profiter de son voyage pour contribuer à un projet scientifique notamment. « Je vais aller dans un endroit de la planète où personne ne va et j’ai de la place pour embarquer de l’équipement, pour faire des mesures de densité d’algues par exemple. Mon principal problème, c’est qu’il me manque des gens pour m’aider dans mes démarches pour ce genre de choses ou pour la communication ».
Si des choses vont lui manquer une fois en course ? « Mes enfants bien sûr. Le confort et la sérénité parfois j’imagine. Mais tout ceci sera compensé par des émotions intenses, des quarts sous les étoiles ». Amaury compte aussi ramener de quoi se faire plaisir pendant son voyage. « Je suis un fan de Jean Le Cam qui ramène du vin rouge et du camembert quand d’autres mangent du lyophilisé tous les jours. Je pense qu’on fonctionne mieux quand le moral va. Je vais aussi demander à mes enfants de me faire un colis surprise je pense ».
Amaury effectuera normalement son parcours de qualification en mai ou juin. Le tracé n’est pas encore défini mais il imagine une boucle vers les Açores. Il faudra s’entraîner aussi, avant d’enfin, prendre le départ de la Global Solo Challenge pour faire le tour du monde. Et enfin, réaliser son rêve.