©Dafydd Hughes
Le Galois Dafydd Hughes fut l’un des premiers participants à s’inscrire à la Global Solo Challenge qui débutera en août prochain à La Corogne en Espagne. Un deuxième tour du monde pour ce marin déjà bien aguerri en équipage, sauf que cette fois, il partira seul.
Question. Que peuvent bien avoir en commun le célèbre navigateur Alex Thomson, connu notamment pour avoir été plusieurs fois sur le podium du Vendée Globe, et Dafydd Hughes, l’un des participants à la Global Solo Challenge ? La réponse est simple : les deux hommes nous viennent tout droit du Pays de Galles et, si Dafydd réussit son pari, ils seront les deux seuls représentants de leur nation à pouvoir se vanter d’avoir réussi un tour du monde sans escale et en solitaire à la voile. Rien que ça !
Mais la comparaison s’arrête ici. Car si Alex Thomson avait réussit son tour du monde en 75 jours sur son Imoca Hugo Boss lors de sa meilleure performance, Dafydd prévoit quant à lui 200 jours pour effectuer sa circumnavigation à bord de Bendigedig, un Sparkman & Stephens de 34 pieds. Plus du double. « Je m’attends à 50 jours merveilleux, 100 jours plutôt moyens… Et 50 jours vraiment pourris ! », lance-t-il le sourire aux lèvres. Le fameux flegme britannique dans toute sa splendeur.

Contrairement à bon nombre de participants à la GSC, le sympathique Galois a pris goût à naviguer sur le tard. « La première fois que je suis monté sur un voilier, j’avais 35 ans. Le vendredi d’après, j’achetais un bateau », raconte-t-il. Dafydd n’est pas du genre à faire les choses à moitié et il rattrape vite son retard. En 2007, il participe à la Clipper Race à bord de Glasgow comme chef de quart et effectue une première fois le tour du monde à bord d’un voilier. L’équipage terminera même 3ème de la course. C’est à cette époque aussi qu’il rencontre Sir Robin Knox-Johnson, lequel soutien le Galois dans sa participation à la Global Solo Challenge.
Depuis son tour du monde en équipage à bord de Glasgow, Dafydd a obtenu sa certification Yachtmaster RYA et a participé à de nombreuses régates, comme par exemple la RORC Caribbean 600 sur un Class40. Pourtant, il a fallu attendre le parcours de qualification à la GSC et la remise en état de Bendigedig pour que Dafydd découvre les joies de la navigation en solitaire. « C’est incroyable mais je n’avais jamais navigué en solitaire avant cela. Mais j’ai tout de suite été à l’aise. A peine un peu d’appréhension en quittant le quai », assure-t-il.
Vous l’avez compris, Dafydd ne passe pas par quatre chemins lorsqu’il se lance dans un projet. Lorsqu’il décide de s’inscrire à la Global Solo Challenge, c’est la même chose : « Je trainais sur internet comme nous le faisons tous parfois en passant de page en page… et je tombe sur la Global Solo Challenge. J’ai tout de suite trouvé le concept génial et je me suis inscrit dans l’heure qui suit ». Et même s’il admet lui-même s’être demandé ce qui lui a pris de s’inscrire si rapidement, jamais depuis il n’a remis en question son engagement dans la course. Une preuve suffisante de sa détermination et de sa motivation.
Il fallait à notre Galois préféré un bateau pour réaliser son tour du monde et participer à la GSC. Alors qu’il effectue des recherches pour trouver la perle rare, il reçoit un coup de téléphone : « un ami m’appelle et me dit ‘Dafydd, j’ai trouvé le bateau idéal pour toi’ ». Le bateau en question, un S & S 34 de 1971 qu’il renomme Bendigedig (« fantastique » en gallois), se trouve dans un hangar depuis plus d’une décennie et nécessite un refit total. « Ce n’était qu’une coque et un pont », précise-t-il. Pas de quoi effrayer le téméraire participant à la GSC qui se met à l’oeuvre immédiatement.

Plus de douze mois de travail furent nécessaires à Dafydd pour remettre son bateau en état et il en connaît désormais chaque recoin. Mais ce n’est pas le seul atout sur lequel pourra compter le marin lors de son tour du monde. Dafydd a déjà navigué dans les mers du Sud lors de la Clipper Race et sait à quoi s’attendre sous les hautes latitudes. « C’est gris c’est froid… Mais c’est un endroit merveilleux. en mer, on est le roi de notre propre royaume ». Reste à savoir comment il gérera presque 6 mois d’isolation en pleine mer : « Peut-être que je vais devenir fou, on verra ça au bout de 200 jours », plaisante-t-il avant de poursuivre « je vais surtout essayer de garder une routine, prendre mon petit-déjeuner tous les jours par exemple. Mais je suis du genre à ne pas m’ennuyer. Dans le train, je n’ai pas besoin de parler à quelqu’un, je peux passer tout le trajet à regarder le paysage par la fenêtre ».
Pour son défi, Dafydd est très bien entouré, notamment par des anciens participants à la Clipper Race à laquelle il a participé. Ainsi, le fondateur de Curious Roo Coffee Roasters, l’un des sponsors de Dafydd, était à bord de Glasgow lors du premier tour du monde du participant à la GSC. La skipper de Glasgow, Hannah Jenner, apporte elle aussi un soutien technique à Dafydd et l’aide dans sa préparation à la GSC. La voile est une grande famille, et partager un tour du monde laisse une trace indélébile.

Dafydd Hughes est l’un des marins les plus prolifiques médiatiquement pour cette première édition de la Global Solo Challenge. Il dispose d’un site internet très complet que je vous invite à consulter, mais Dafydd est également très actif sur les réseaux sociaux et vous pouvez suivre l’avancement du projet au jour le jour via Facebook. Autre caractéristique du Galois : Dafydd espère effectuer son tour du monde sans aucune émission de CO2 et tient également à promouvoir le lien entre la nature et la santé mentale à travers l’association Coed Lleol, la Small Woods Association of Wales.
C’est ainsi que dans moins de 6 mois, Dafydd prendra la mer depuis le port de La Corogne en Espagne. Lui qui il y a deux ans à peine n’avais jamais navigué en solitaire, ne possédait pas de bateau pour réaliser un tour du monde, et n’avait jamais imaginé pouvoir réaliser l’exploit d’une circumnavigation, va peut-être devenir le deuxième Galois à faire le tour du monde en solitaire à l’âge de 60ans. S’il y a bien une part de folie chez Dafydd, elle donne envie d’y céder.