©François Gouin
François Gouin, skipper français participant à la Global Solo Challenge, a franchi avec succès la dernière épreuve de qualification et rempli toutes les conditions pour se présenter sur la ligne de départ à La Coruña. Dans le cadre de son projet intitulé “OKéania 2022-2025”, il se fera l’ambassadeur des valeurs d’Unicancer, la fédération des centres de lutte contre le cancer en France, et de l’association Te Mana en Polynésie, tout autour du monde.
Au début du mois de juin, ayant accroché sa blouse de chirurgien au clou pour onze jours, François s’est replongé dans l’univers du navigateur solitaire. Il s’est lancé dans l’aventure de la qualification de 2000 milles, partant de Saint-Nazaire, port de la Bretagne sud, en direction de l’Irlande. Une navigation destinée à valider les travaux effectués pendant l’hiver, mais aussi un moment crucial pour « faire connaissance avec la nouvelle configuration de son bateau ».
« Les conditions météorologiques étaient favorables et clémentes. La qualification s’est déroulée comme prévu et le bateau a répondu exactement comme je l’espérais, me permettant ainsi de mieux le découvrir », nous confie-t-il.
Durant les trois jours précédant le départ de la qualification, François avait organisé une formation médicale avancée pour les autres concurrents de la GSC. Phelipon, Scharr et De Kayser ont profité de cette opportunité unique de se retrouver ensemble à Pornic, une station balnéaire de la Loire-Atlantique, et de recevoir une formation de l’un de leurs compagnons de voyage. Un moment important d’échange et de confrontation entre les skippers.

Parti le 4 juin, heureusement, les quatre premiers jours de la qualification de Gouin se sont déroulés de manière optimale : « J’ai choisi des conditions faciles pour tester le bateau. Je suis parti en trombe à la sortie du travail, des conditions confortables m’ont permis de bien m’adapter.»
Au début, il y a eu quelques problèmes techniques et François a dû recalibrer certains instruments comme le Speedo et l’Iridium. Mais en quelques jours, il a remis tout en route.
Gouin avait décidé avec Scharr de partir ensemble pour la qualification : l’un depuis Saint-Nazaire, l’autre depuis Arzal. Ils se sont rencontrés au sud de Belle Île.
« J’ai beaucoup apprécié naviguer avec Robert. Nous avons passé les cinq premiers jours à portée de VHF, nous nous sommes vus seulement une fois. Ensuite, il est parti vers le sud. Les vitesses de nos bateaux étaient assez proches. Yako, son bateau, est très rapide et léger. J’aurais peut-être pu naviguer plus vite, déployer le spi, mais je ne voulais pas prendre de risque. »
L’organisation de la GSC offre aux concurrents la liberté de choisir leur parcours pour la qualification. Kawan 3, le Class 40 de François, a dessiné son itinéraire à partir de la côte bretonne en se dirigeant vers l’Irlande, s’aventurant 400 milles plus au nord dans un vent stable de 15 à 25 nœuds. Il a ensuite descendu vers le sud et traversé le centre d’une petite dépression, une zone humide et brumeuse, avant de toucher des vents plus sud-ouest au sud de ce centre. François a ensuite dirigé son bateau vers le golfe de Gascogne, contournant des zones calmes pour se diriger vers Pornichet et ainsi boucler les 2000 milles prévus.

« Au cours de ma qualification, je n’ai rencontré aucune mauvaise surprise, ce qui a vraiment contribué à renforcer ma confiance. J’ai consacré tout mon temps à travailler pendant cette navigation. J’ai rempli un carnet entier de notes sur les petits détails à améliorer sur le gréement, les ajustements nécessaires pour la vie à bord, la façon optimale de dormir, la gestion des vêtements, entre autres choses pratiques. J’ai testé des packs alimentaires prévus pour 15 jours en préparation de mon tour du monde. J’ai trouvé la qualification extrêmement bénéfique pour tout ce qui touche à la navigation et l’aménagement du bateau. »
Sur le plan technique, François envisage principalement des modifications pour prévenir l’usure du matériel. Ainsi, il va ajuster les trajectoires des bouts pour minimiser l’usure et réduire les zones de frottement des drisses et des écoutes. Il envisage aussi de changer certaines poulies et renvois.

Dans son journal de bord, il a noté quelques observations pour immortaliser les sensations vécues à bord. « Notre Pogo40S est un plaisir à naviguer, stable, rapide et les transformations de pont comme la casquette de protection, les nouveaux circuits de gréement courant et winchs et d’équipement électroniques sont parfaitement adaptés à nos attentes. Cette expérience de plusieurs jours est absolument indispensable pour être dans les conditions physiques et mentales qui permettent d’évaluer le fonctionnement sous voile, mais aussi la vie à bord.”
En ce qui concerne la gestion du sommeil, François est parti déjà fatigué, mais au bout de trois jours, il avait déjà retrouvé un bon rythme de vie à bord : « C’était très rassurant de recommencer à naviguer et de me sentir bien en peu de temps. C’est important pour dissiper les doutes. On arrive à un certain moment où on se demande pourquoi on part… si c’est pour relever un défi ou si c’est vraiment par envie. Pendant la qualification, je me suis très vite senti à l’aise et avais envie de naviguer. J’ai adopté un sommeil fractionné, et je dormais une demi-heure, 45 minutes au début à cause du trafic intense jusqu’en Irlande. Je me suis remis en route, c’est agréable de retrouver mes repères et mon rythme en mer très facilement. »

La qualification offre également l’opportunité de valider et d’examiner l’ensemble de l’organisation à bord, y compris en ce qui concerne la nourriture à prévoir pour le tour du monde qui peut durer de 5, 6 mois ou plus. « Je vais repenser les packs de 15 jours que j’avais initialement prévus. Je les adapterai en fonction du parcours : moins chargés dans les zones chaudes et plus consistants pour les zones froides. Quant aux condiments comme l’huile, le sel ou les aliments de base comme le pâté et le riz, je les stockerai dans des boîtes en plastique séparées, sans les intégrer dans les packs. »
Ce petit avant-goût de 2000 milles a permis à François de retrouver le plaisir de naviguer en solitaire et de confirmer ses motivations pour un projet d’envergure comme la GSC. « Je n’ai pas beaucoup communiqué pendant la navigation. Je voulais me concentrer, être à l’écoute de mon bateau et le découvrir. J’ai activé l’Iridium GO pour obtenir les prévisions météorologiques et vérifier que les configurations de l’ordinateur fonctionnaient correctement. »
Sur sa route, il a croisé de nombreux navires et bateaux de pêche. « J’ai traversé le rail d’Ouessant et le flux de bateaux venant d’Irlande naviguant vers le sud en direction du cap Finistère. On regarde l’AIS et il semble qu’il y ait des bateaux partout. J’ai fait de belles rencontres avec des dauphins et un oiseau qui s’est posé dans le cockpit et se balançait sur les haubans. »
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La qualification de François s’est achevée à Pornichet, avec un lever de soleil magnifique dans la brume matinale. « Maintenant, je me projette beaucoup dans la navigation pour améliorer de nombreux détails liés au confort et à la sécurité, ainsi qu’aux équipements de secours. Je travaillerai à l’hôpital jusqu’au début de mois de septembre avant de partir pour La Coruña. Mais je continuerai à préparer le bateau pour que tout se passe bien. »
Pour promouvoir son message d’encouragement de l’activité physique à la fois dans la prévention du cancer et dans les soins aux patients atteints de cancer, François a programmé différentes activités. Une conférence sera organisée par le personnel soignant du service de chirurgie du Centre Léon Bérard de Lyon où il travaille, et des rencontres seront prévues avec les équipes d’activité physique adaptée, ainsi que des conférences pour les jeunes hospitalisés et leurs familles.
En collaboration avec un autre concurrent, Louis Robein, qui est également très actif dans le monde de la solidarité, ils prévoient, au mois de septembre, avant leur départ pour la GSC, de réaliser une sortie, pas encore finalisée, avec des jeunes du centre, avec l’aide du club de voile de Lyon. « J’apprécie l’esprit de collaboration et de solidarité qui règne entre les concurrents, » a commenté Gouin.
François, dans le cadre du projet OKéania 2022-2025, soutient et collabore également avec l’association Te mana o te moana, où ses filles Lou et Jade travaillent. Lou nous a informé des nouvelles de cette collaboration.
« Nous allons développer un programme pédagogique avec différentes classes et pour des jeunes hospitalisés. L’objectif de ce programme éducatif est de faire découvrir toute la faune et la flore que François pourrait rencontrer lors de son tour du monde. Mais aussi de montrer les effets de la pollution sur les océans, en particulier la pollution plastique. François prendra donc des photos des différentes espèces marines et autres qu’il rencontrera sur son parcours pour les transmettre aux classes. Un programme éducatif sera ensuite élaboré autour de ces photos, axé sur la sensibilisation à l’environnement et la géographie. Ce programme permettra également d’établir un lien entre les enfants hospitalisés et les classes scolaires, notamment là où nous vivons, en Polynésie française. »
Avec cette belle synergie entre mer et solidarité, nous avons hâte de voir François embarquer pour son magnifique projet et réaliser son rêve. Comme il l’a bien commenté à la fin de ces onze jours en mer : “Cette qualification est une étape importante pour m’aligner dans les meilleures conditions sur la ligne de départ de la GSC le 28 octobre prochain.”
