©Ivan Dimov
Ivan Dimov ressemble au personnage d’un roman d’aventure. Quand on écoute son histoire, on ne peut que souffrir avec lui et aimer ce bon héros qui, malgré les nombreuses vicissitudes, continue à poursuivre son rêve.
«Rien sans peine», on n’obtient rien sans effort et souffrance, c’est le tatouage qui on voit sur le bras gauche d’Ivan qui, à trois ans, perd sa mère et raconte: «Quand tu as un grand vide, tu dois le compenser par autre chose; quand j’étais petit, je luttais pour être toujours le premier en tout.»

Né à Sofia, dans l’arrière-pays bulgare, il découvre la mer à l’âge de sept ans, en voyageant avec son père. Il commence à rêver. Partir pour un enfant, c’est viser l’horizon: «Je voulais naviguer seul, j’ai pris le bateau d’un pêcheur et j’ai largué les amarres». Tout seul, Ivan lève une voile et commence à naviguer dans les eaux tumultueuses de la mer Noire, de l’adrénaline pure, mais quand le vent tombe, il ne sait plus comment rentrer.
Naufragé pendant trois jours, il est secouru par une vedette militaire. «Ils m’ont ramené à terre. Il y a longtemps, pour punir les enfants on les frappait: alors le capitaine m’a frappé, le médecin m’a frappé et puis aussi mon père et le propriétaire du bateau m’ont frappé. Mais, malgré la dure punition, depuis lors, de l’eau salée coule dans mes veines.»

D’autres vicissitudes éloignent et rapprochent périodiquement Ivan de la mer. Grandi, il décide de quitter la Bulgarie et pour ce faire, il doit avoir un travail qualifié à effectuer également à l’étranger. Il va travailler à l’Hôtel Sheraton et devient chef. Il déménage ainsi à Cape Town, en Afrique du Sud. Il parvient à s’acheter un bateau, un Catalina. Quand commence une période difficile pour les immigrants, Dimov est contraint de rentrer en Bulgarie, mais il n’abandonne pas. Il vend sa voiture pour quelques marques et part pour l’Italie, où il a des connaissances qui, cependant, ne peuvent pas lui offrir une aide concrète pour commencer une nouvelle vie.
Sans connaître l’italien et sans ressources économiques, il mène d’abord une vie de sans-abri. Sa force de volonté et d’initiative l’aide à retrouver un nouveau chemin: «J’allais dans les restaurants et je travaillais pour manger quelque chose, puis ils ont commencé à me payer.»

Après un an, Ivan parle l’italien et commence à travailler comme maçon. En peu de temps, il devient chef d’équipe car il est le seul capable de lire les plans de construction. «Nous, les marins, avons des bonnes compétences manuelles et nous savons faire beaucoup de choses.»
Je me demande ce qu’un tel homme ne sait pas faire… «Réparer un ascenseur, ça ne m’est jamais arrivé», dit-il en riant.
Un ami architecte anglais lui confie plusieurs tâches, jusqu’à ce qu’Ivan rencontre un important parlementaire anglais et devienne son factotum. Dimov passe quinze ans au service de sa famille et recommence à naviguer entre le Royaume-Uni et les Bahamas.
Ivan trouve une compagne en Italie avec qui il vit à Barberino Val d’Elsa et quand on lui propose de s’installer définitivement en Angleterre, il refuse pour satisfaire son désir car elle ne veut pas quitter l’Italie.
Dimov continue à naviguer et rêve de faire le tour du monde. Faire le tour du monde est son rêve d’enfant. «Je suis comme tous les rêveurs, mais certains restent sur le quai, d’autres se lancent pour les réaliser … Je suis parmi eux. »
Ivan tente de le réaliser une première fois en 2018. Il modifie un Coco 6.50, «Minnie», avec un configuration révolutionnaire, sans la grand-voile.

Le bateau a une carène classique semi planants, armée d’une structure à double mât qui supporte un plan de voilure à double jib. Le parcours est complexe, départ de La Rochelle, passage par les trois grands Caps et retour en France; sans escale et sans assistance. Priorité est donnée à la simplification des manœuvres, pour réduire les ruptures possibles. Malheureusement, Ivan est contraint d’abandonner ce projet en raison de problèmes de bateau.
«Quand Marco Nannini a créé le Global Solo Challenge, je me suis immédiatement inscrit et j’ai réalisé que cela pouvait être ma deuxième chance. C’est une régate plus «ganza» (cool, comme on dit en Toscane…) que les autres, elle donne plus de liberté même dans le plein respect d’importantes règles de sécurité. Patrick Phelipon et moi nous sommes inscrits parmi les premiers. Patrick est une grande personne, nous nous aidons et je suis heureux de l’avoir comme ami. Nous sommes compétiteurs, l’un contre l’autre, mais cette course est comme ça, la solidarité entre concurrents est la base. L’important c’est d’arriver.»

Pour participer à la GSC, Dimov naviguera à bord d’un Endurance 37, construit en Afrique du Sud, dans un chantier près du Cape Town. «Mon bateau a déjà beaucoup navigué avec les précédents propriétaires, il a fait le canal de Panama, jusqu’en Australie, presque un tour du monde. Cette fois-ci, j’ai choisi un moyen simple et fiable: c’est un bateau à quille longue, solide en tant que structure et très confortable à l’intérieur.» Le bateau était déjà équipé de panneaux solaires et d’éoliennes. Ivan a un nouveau gréement et pour compléter la préparation, il doit réaliser des crash box devant et à poupe, refaire la fermeture des hublots et agrandir le cockpit pour se protéger du froid.
«Le bateau doit devenir comme votre bras, quand vous le bougez, vous savez ce qui se passe. Vous devez savoir ce qu’il fait dans toutes les conditions.»
Dimov ne s’inquiète pas de la solitude «Je n’ai aucun problème à rester seul. Entre mer et nature, je me sens bien. Ce qui me préoccupe, c’est le froid, c’est difficile se protéger; donc, je suis en train d’étudier diverses options pour installer un chauffage à bord. Je suis également préoccupé par les attaques de baleines et d’orques, j’en ai déjà fait l’expérience et on se sent vraiment impuissant.»
Les voiles de «Blue Ibis», l’Endurance 37, seront en dacron avec des coutures renforcées, «je cherchais la résistance et la durabilité, la voilerie Millennium de Prato a embrassé cette idée et ils me préparent des nouvelles voiles.»
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©Ivan DImov
Ivan n’a pas encore un sponsor principal, mais il remercie tous les sponsors techniques qui le soutiennent dans son projet: Lippert Marine Europe, Quick, Millenium Veleria, Red Rose Marine Ltd, Poggetto Feeling Better, Usail, Lewmar, 7Life Sport& Fitness et Superduper Hats.
«Parmi mes partenaires, j’ajouterais aussi Patrick Phelipon avec qui nous nous appelons souvent et nous échangeons beaucoup d’idées et de conseils. Je tiens également à lui adresser un remerciement particulier pour son amitié et sa loyauté.»
Dimov, qui a soixante ans, en plus de préparer son bateau suit un programme de renforcement musculaire et s’entraîne environ une heure par jour. «Dans le passé, nous marchions au moins 25 kilomètres par jour, maintenant au maximum 2 ou 3 et en bateau si je fais 200 mètres, ce sera beaucoup; donc, j’essaie de compenser en faisant de la masse musculaire.»
Qu’est-ce qui effraie ce loup de mer? «J’ai peur de retourner à la terre, après mon voyage. Quand vous retourner à la terre après des mois de navigation et de solitude, vous vous retrouvez épouvanté par tout ce que vous voyez et ressentez autour de vous», bref un mal de terre de l’âme, difficile à gérer.
Dimov, comme lors de sa première tentative de circumnavigation, consacrera son projet à la sauvegarde de la planète: «Sauvons notre planète, nous n’avons nulle part où nous cacher. Quand je pars en bateau, je rentre dans le port chargé de plastique mais on ne sait pas comment le recycler. Nous sommes à un point critique, j’espère que les choses vont à changer.»
«…multa per aequora vectus…», (Catulle, Carme 101)… après avoir parcouru de nombreuses mers, je suis arrivé ici…». C’est le tatouage que Dimov porte sur son bras droit.
Voici Ivan prêt pour une nouvelle aventure, une autre vie dans les nombreuses vies qu’il a vécues en six décennies.
Le Dimov d’aujourd’ hui, un professionnel qui s’occupe de faire renaître les bateaux abandonnés pour leur redonner une nouvelle vie, qui a été nommé homme de l’année en Bulgarie et est connu sous le nom de «Capitaine Dimov» souhaite vraiment amener le petit Ivan à explorer ce qui se trouve au-delà de tous les horizons du globe pour réaliser leur rêve. Nous les soutenons.
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©Ivan DImov