Le skipper français Olivier Jehl est le 36e inscrit à la Global Solo Challenge

Olivier Jehl vit à Brest, Bretagne, France, au centre de la scène française de la voile hauturière. Originaire du Massif Central Olivier a gravi les échelons dans le monde de la voile d’abord en devenant instructeur pour la célèbre école de voile des Glénans, puis en obtenant un diplôme formel côtier et hauturier appelé BPJEPS Voile qui lui a ouvert un monde d’opportunités. Il a suivi le cours à Paimpol et où il a noué des contacts avec de nombreuses personnes et découvert le monde de la course au large. Il décide de participer à l’édition 2015 de la Mini Transat en construisant de A à Z son propre prototype carbone-époxy #967.

Faire le tour du monde en solitaire sans escale par les trois grands caps est un rêve depuis longtemps, le GSC offre un cadre non élitiste et la possibilité de participer avec un budget raisonnable, autant d’aspects qui ont poussé Olivier à participer. Il souhaite à nos enfants un avenir où l’humanité parvient à trouver un équilibre entre innovation et technologie et préservation d’un lien avec la nature. Il est fasciné par la sagesse des populations racines du monde et son projet de communication s’articulera autour des associations qui travaillent avec elles.

Entretien

D’où vient votre passion pour la voile?

J’ai grandit loin de la mer dans le Massif Central mais j’ai toujours été très attiré par ce milieu. Je naviguais en famille en planche à voile, catamaran sur lac ou en mer en loisir. Adolescent j’ai découvert l’école de voile des Glénans, j’ai alors passé les niveaux jusqu’au monitorat.

Entre 25 et 30 ans je me suis mis à naviguer toujours en loisir de plus en plus régulièrement et en allant vers la croisière. A 30 ans j’ai eu un déclic me disant de passer un diplôme professionnel, le BPJEPS Voile spécialisé en croisière côtière et hauturière, une nouvelle vie s’est offerte à moi. J’ai fait cela dans la plus belle zone de navigation en France, la Bretagne Nord, à Paimpol. Je suis tombé encore plus amoureux de la mer, de ces paysages, d’enchainer les semaines de navigations les unes après les autres.

Par des rencontres j’ai découvert le milieu de la course au large française, j’ai alors monté un projet Mini Transat sur un voilier prototype. Cela m’a permis de continuer à progresser et découvrir de nouvelles façons de naviguer. J’ai aussi découvert la construction et la préparation de bateau grâce à ces fameux prototype Mini 6.50. Cela m’a donné envie d’en construire un moi-même de A à Z.

N’étant pas riche j’ai du vendre ce bateau mais l’expérience a été extraordinaire. J’ai pu aussi faire des convoyages, préparer des bateaux de courses, participer à des missions de sauvetages. Une aventure qui continue à s’enrichir jour après jour. Aujourd’hui je veux réaliser un rêve de gosse, faire le tour du monde en course en solitaire sur un bateau en harmonie avec la mer.

Quelles leçons avez-vous appris de la voile?

La mer m’a appris beaucoup de chose, à rêver, à ne rien lâcher, à persévérer, à rechercher l’harmonie au fond de moi. Ces projets de course au large nous poussent vers nos limites à tous les niveaux, à terre, sur l’eau, on en apprend tous les jours et on ne sait pas de quoi sera fait demain, on garde la foi, on avance, on essai de faire au mieux.

Qu’est-ce qui vous a amené à aimer la voile en solitaire?

L’envie d’apprendre à jouer du bateau comme un musicien joue d’un instrument. L’envie d’être au large au plus proche du Vivant et de moi-même. L’envie de partager tout cela avec les gens pour vivre une aventure collective proche de l’essentiel. L’envie de regarder le soleil se lever et se coucher matin et soir, de prendre des grains, des tempêtes et de trouver les ressources en moi pour y arriver.

Qu’est-ce qui vous a incité à vous inscrire à cet événement?

Cette course représente pour moi une opportunité unique de réaliser un tour du monde en solitaire en course. Le budget est raisonnable, cela me permet de chercher des entreprises responsables dans leurs investissements, prenant soin des autres et de l’environnement, ce qui colle avec ma façon d’être. Partager une aventure à budget raisonnable permet de la partager avec tout le monde sans élitisme.

Qui dit budget raisonnable, dit sobriété dans l’efficacité, on reste dans la technologie, on n’arrête pas la technologie mais on recycle un maximum nos ressources tout en suivant le train technologique (je pars sur un vieux bateau auquel je vais ajouter l’électronique moderne, le matelotage moderne, les voiles modernes, utiliser les satellites, utiliser des énergies renouvelables etc) On ne va pas retourner à l’âge de pierre par contre il est, selon moi, grand temps de commencer à relativiser les priorités budgétaires.

Une belle aventure est une aventure partagée et partageable avec et par le plus grand nombre, sobre, joyeuse, respectueuse de la vie, entrainante, revigorante, qui prend soin de tout le monde. Cette course incarne parfaitement ces valeurs et elle tombe au bon moment pour moi, alors je fonce joyeusement!

Comment comptez-vous vous préparer à cet événement?

Trouver le bateau sur lequel je me sens bien, le préparer au mieux (j’ai deux ans pour cela), engranger des miles dessus dans des conditions variées. Le connaitre du mieux possible. Essayer de ne rien oublier dans la préparation.

Créer une belle histoire, passer du temps sur la communication pour partager ce moment unique de la plus belle des façons.

La nourriture sera aussi un aspect très important que je vais essayer d’optimiser au mieux. La nourriture est notre carburant, nos briques, nos fils électriques, notre moral. Je vais tenter de faire des menus goûtus, ayant les bonnes graisses, les bons sucres, les bonnes protéines etc et variés, bio, local, tout en respectant le cahier des charges d’une telle aventure le poids. Ya de quoi se creuser les méninges!

Evidemment partir le plus en forme possible en ayant fait une préparation physique sans excès mais suffisante pour contenir les douleurs et garder le moral au beau fixe. Bien dans son corps bien dans sa tête.

Prendre le large en septembre 2023 en ayant coché toutes les cases pour être sûre d’être dans les meilleures conditions de sécurité et prendre un maximum de plaisir.

Selon vous, quel sera le plus grand défi?

Je ne sais pas quel sera le plus grand défi, il y a une multitude de détails partout dans un projet comme celui-là. Le plus grand défi est peut être de n’avoir rien oublié pour partir le plus sereinement possible, ensuite c’est tenter de gérer l’inconnue.

Parlez-nous de votre bateau ou du bateau que vous aimeriez avoir.

Je cherche un bateau de voyage des années 70 80 environ, un bateau robuste, raide à la toile, marin, fiable, sécurisant, ayant une bonne vitesse moyenne pour ne pas trop subir la météo. Je vais essayer d’utiliser un maximum d’énergie renouvelable à bord. Je cherche un bateau copain.

Avez-vous l’intention de lier ce défi personnel à un message social?

J’aimerai faire un tour du monde au couleur des peuples racines du monde avec une ou plusieurs associations qui travaillent avec eux. Faire connaitre ces peuples qui ont su garder des savoir ancestrales d’humanité, de lien à la nature. J’avais fait cela en 2015 en allant voir les indiens Kogis de Colombie avec mon mini 6.50 après la Mini Transat. L’association avec laquel j’avais travaillé sur ce projet avait fait un travail extraordinaire de communication et nous étions passé à la télé, la radio etc.

C’était déjà très riche de sens sur une mini-transat alors refaire la même chose avec plusieurs peuples racines de chaque continent et faire vivre cela avec le public avec une course de plusieurs mois autour du monde sera sans aucun un moment inoubliable. Allier Technologie raisonnée et savoirs ancestraux c’est peut-être ainsi que nous trouverons toutes et tous un avenir désirable, harmonieux, respectueux, joyeux. C’est que je souhaite à nos enfants.

Expérience de voile

Construction d’un prototype Mini 6.50 en carbone-epoxy, Mini #967
Tentative de record de l’Atlantique Nord New York France en 2016, avortée suite à collision avec un OFNI
Voyage en Colombie depuis la Guadeloupe en mini 6.50 en 2016 puis Colombie – New York
Mini-Transat 2015 : 11ème/26 en prototype
Min Fastnet 2015 : 8ème/28
Championnat de France Course au large en solitaire 2015 : 9ème/42
Les Sables Les Açores 2014 : 5ème/10 première étape

À propos du Bateau

TBA